Staff Planète Le blog jeunes et ville durable

Et si notre imaginaire bâtissait la ville de demain?

« Des villes fictives aux villes virtuelles proposées par certains films ou jeux vidéos, et si la ville de demain était le fruit de notre imaginaire? Ce premier article de ma réalisation souhaite mettre en exergue les avantages et les limites des villes futuristes de demain. Prendront-elles ces formes? Seront-elles une solution aux problématiques urbaines et environnementales d’aujourd’hui?

En attendant imaginons! »

Si la mobilité urbaine reste une problématique majeure dans l’aménagement du territoire et plus particulièrement de la ville, elle n’en est pas moins nécessaire à la vie quotidienne des individus. Les progrès technologiques ont permis aux transports et aux infrastructures de créer des interconnexions entre les usages de la ville, pour la population, même si on considère que les transports du XXème siècle restent «décevants par rapport à ce qui était attendu »[1]. En effet, il reste encore aujourd’hui de nombreux problèmes liés à la circulation, à l’environnement et à l’emprise territoriale des transports. Ceci dit, force est de constater que le rapport au temps et à la distance a été diminué.

Le territoire doit faciliter la mobilité de ses résidents et doit s’adapter aux changements techniques, voire technologiques, et de surcroît dans « une époque où le développement durable est de rigueur »[2] comme en témoigne Sylvie Brunel suite à la Conférence des Nations Unies de Rio de Janeiro en 1992. L’accumulation des moyens de transport, des industries, des infrastructures urbaines nuisent bien souvent aux déplacements quotidiens de la population (congestions, pollution atmosphérique, nuisances sonores, problèmes de régularisation des lignes de métro). L’idée consiste alors à épurer l’espace urbain pour mettre en valeur un nouveau territoire, davantage accessible, à mettre en place une nouvelle mobilité vertueuse (à travers l’usage pour le moins « futuriste » des modes doux), jusqu’à exploiter le souterrain et l’aérien.

Beaucoup d’exemples actuels dans le monde témoignent d’une certaine émulation vers la ville durable. Les collectivités même prennent davantage en considération l’amélioration du cadre de vie dans les futurs projets d’aménagement ou de renouvellement urbain. C’est le cas notamment des ecoquartiers, tels que le BedZed à Londres ou encore le projet du quartier de l’Union à Lille. Aussi, le passage à l’économie circulaire (ou économie verte), demande à la fois un bouleversement des comportements de la part des habitants, mais également un effort auprès des entreprises pour recycler, revaloriser, donner une seconde jeunesse à leurs déchets.

Pour revenir à la mobilité urbaine, il semble possible de remédier à tous les enjeux sensibles des transports en procédant de deux façons : soit en créant un système ex nihilo à partir d’une transmodalité : croisement de plusieurs modes mais adaptés à la ville futuriste, que nous proposerons plus tard ; soit en procédant à un renouvellement complet des transports. Toutefois, chaque hypothèse suppose de prendre en compte plusieurs dimensions de la vie quotidienne afin d’avoir une mobilité efficace et qui satisfait entièrement les besoins de l’individu qu’il soit marcheur, conducteur, cycliste, et qui prenne en compte les dimensions écologique, énergétique, territoriale, politique, financière, économique et sociale etc.

Imaginons ! Imaginons la transformation d’un vaste complexe d’échanges urbains, jusqu’à épurer les infrastructures sur le territoire. Dans son film intitulé le Cinquième élément, Luc Besson avait d’ores et déjà imaginé la ville qui pousse vers le haut avec des transports volants à propulsion, au même titre que Georges Lucas dans la seconde trilogie de Star Wars, comme en témoignent les images ci-dessous.

 Image extraite du film Le 5e élément de Luc Besson (1997)

Image extraite du film Star Wars Episode 3 : La revanche des Siths, de Georges Lucas (2005)

Certes, l’étalement urbain ne consomme plus d’espace terrien mais sera-t-il vraiment possible de loger presque 10 milliards d’habitants en 2100 avec uniquement des tours aux tailles improbables ?   N’oublions pas qu’à New York, le prix du foncier prend en compte la « surface plancher » de la parcelle, mais aussi l’emprise spatiale du bâtiment concerné. C’est qu’une tour de 100 étages commence à chiffrer !

Par ailleurs, qu’on se le dise, les stationnements pour véhicules occupent trop d’espaces sur le territoire. On les trouve généralement à proximité de grands équipements ou centralités qui animent une ville : un centre commercial, un stade, une école etc.

Imaginons ! Imaginons un système de « capsules ». Micro-rangement des véhicules individuels (voitures, vélos, trottinette, scooter etc…), cette idée relevant de la science-fiction libèrerait de l’espace sur le territoire. En appuyant sur un bouton après utilisation, votre véhicule se compressera à l’intérieur de la capsule facile à stocker dans une poche ou dans un sac. Il est possible de retrouver ce concept (voir ci-dessous) dans les célèbres mangas d’Akira Toriyama.

Source : OpentheToy.com

Néanmoins, le problème majeur pourrait être celui de la surconsommation de ces produits : cela ne résout pas les problèmes de congestion sur la voie publique, d’autant plus que le génie, le Steeve Jobs de la ville n’a pas encore rendu cette technologie opérationnelle ! Il faudra donc malgré tout conserver des espaces de stationnement pour les modes de transport individuels d’aujourd’hui.

            D’autre part, il est possible de réduire certaines infrastructures urbaines en revalorisant le souterrain et l’aérien.

Imaginons ! Imaginons la suppression progressive des transports aux énergies fossiles, trop polluants, pour libérer de l’espace en surface et installer, à la place, une « mobilité verte » ? La ville se développerait alors de façon verticale, que ce soit vers le haut ou vers le bas. Dans cette mesure, nous pourrions concevoir un système de grands ponts reliant des établissements polyvalents dans leur offre de services pour les usagers. Par exemple, certains sites stratégiques seraient reliés entre eux : une gare avec une université ou un centre commercial. Pour rendre accessible ces infrastructures dans une « ville aérienne », certains aménagements demanderaient d’être adaptés à cette nouvelle façon de se déplacer. Pensons notamment aux plateformes volantes, aux exosquelettes qui permettent de marcher rapidement ou de sauter très haut (voir ci-dessous), ou encore à la téléportation. Ces exemples seraient alors réalisables au sein d’une ville futuriste voire une Smart City qu’Antoine Picon[3] définit comme « une ville dans laquelle on a suffisamment de capteurs, de puces pour savoir ce qui se passe d’un point de vue informationnel […] En bref une ville dans laquelle les technologies numériques ont une place prépondérante dans le but d’y améliorer transports, énergie et rapports des habitants avec leur ville ».

Exemples d’exosquelette et de ville futuristes

Et si le sous-sol d’une ville pouvait constituer une alternative aux enjeux de la mobilité urbaine ? En effet, l’automatisation du métro a permis aux villes de faciliter les flux de population d’un point « A » vers un point « B » dans une politique du moindre coût, moindre effort. Si un tel système de transport reste efficace en ville, il est possible de l’élargir à l’échelle nationale.

Imaginons ! Imaginons alors, par le biais de navettes souterraines rapides et numériques, que les individus se déplacent de métropole en métropole en utilisant le temps de déplacement à des fins utiles grâce aux nouvelles technologies (télétravail, divertissement, « Cloud Computing »). Il faut d’ailleurs savoir que la mobilité prend en compte la notion de temps de transport transformé en temps de travail, de loisir et temps relationnel. Le Fret peut également s’approprier un tel mode de transport pour réduire les temps de déplacement et approvisionner les denrées alimentaires pour les habitants de la ville souterraine. Un véritable circuit de mobilité devrait alors être organisé à cet effet.

Or, si la ville tend à se développer en souterrain, plusieurs éléments sont à prendre en considération. A Montréal, le réseau piétonnier souterrain couvre 30 kilomètres de tunnels sous la terre pour relier de l’intérieur plusieurs édifices aux bureaux, complexes résidentiels, centres commerciaux, gares, hôtels et j’en passe.

Underground City à Montréal

Si on élargit ce concept à une échelle plus large, quels seraient les avantages et les risques ? Sur le plan fonctionnel, la ville souterraine permettrait d’optimiser de l’espace en surface pour certaines activités impossibles à réaliser en sous-sol (agriculture, parcs urbains etc.). Toutefois, la « surconsommation » du sous-sol engendrerait des risques d’effondrement, une coupure avec le monde extérieur, sans oublier le renforcement de la claustrophobie pour certains individus, avec ce sentiment d’habiter dans une fourmilière ou dans un bunker militaire.

 La ville souterraine illustrée par Alexander Koshelkov

En surface, la démocratisation des modes doux passe par la combinaison de nouvelles sources d’énergies propres et durables (dans le temps) : géothermie, énergie solaire, nano-énergie etc. Quels sont ces modes doux ?

Imaginons ! Imaginons la création de pistes cyclables dédiées aux vélos électriques, ou pour des skates volants, sur le principe du skate ’lib à disposition de tous. Nous pouvons également envisager une émulation pour la marche à travers l’installation de promenades rapides (sol roulant) au sein de parcs ou squares urbains, lesquels sont également reliés aux équipements stratégiques du territoire. Ainsi, nous retrouvons l’idée d’un maintien de la philosophie du moindre effort, renforçant les liens directs entre les usagers (partage du temps de déplacement, plaisir de se déplacer, création de lien social).

De telles imaginations et de tels projets suscitent des enjeux d’ordre géopolitiques, éthiques, stratégiques et financiers. Qui finance ? Qui construits ? Qui décide ? Est-ce possible ? La gouvernance d’un nouveau système de mobilité futuriste doit mobiliser les acteurs de l’aménagement, à commencer par les collectivités territoriales, mais également toutes les entreprises qui s’inscrivent dans cette volonté de créer une ville « durable » avec des transports tant accessibles qu’écologiques. Et si de grands noms de la technologie pouvaient s’associer avec les collectivités territoriales pour entreprendre de tels projets ? Par ailleurs, il faut des moyens importants et des citoyens en accord avec de telles innovations. La concertation semble être une solution efficace pour coordonner tous les acteurs de l’aménagement urbain, dont la finalité semble être la création « d’une ville où il fait bon vivre »[4].

 ______________________________________________

Un nouveau système de transport comportant des idées avant-gardistes peut paraître surréaliste voire utopique. Néanmoins, l’actualité nous montre tous les jours le besoin d’améliorer en permanence la mobilité des individus afin de leur offrir de nouveaux services, modes de déplacement, de nouveaux horizons plus lointains, plus rapides et respectueux de l’environnement. Une « ville finit par être une personne » comme le dit si bien Victor Hugo, « elle possède une histoire, une personnalité, et a constamment besoin d’être mouvante ».

Ainsi, située entre prouesses technologiques et plaisir de se déplacer dans l’espace, la nouvelle « mobilité verte », prend en compte les nouvelles demandes en termes de déplacements urbains. Les usagers doivent être capables de se déplacer (quelle que soit la finalité du déplacement) en toute autonomie, en ayant à disposition divers moyens pour utiliser le temps et non « tuer le temps », tout en respectant l’environnement. Toutefois, les investissements dans de tels projets sont importants et il faudra certainement attendre quelques temps pour adapter le quotidien des individus vers une nouvelle mobilité.

 « Bref, laissons place à l’imaginaire quand il s’agit de changer le monde ! »

Auteur : Corentin Greuez
Géographe-Urbaniste, consultant chez Staff Planète

Publié le 22 Avril 2015


[1] Amar Georges, Juin 2010, Homo mobilis, Présence, 228 pages ;

[2] Brunel Sylvie, Juin 2012, Le Développement durable, Que sais-je ?, 128 pages.

[3] Antoine Picon est enseignant-chercheur à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées.

[4] Amar Georges, Juin 2010, Homo mobilis, Présence, 228 pages.

 


3 − un =

Détails de l'article

Posté le : 22 avril 2015

Par :

Commentaires: 0