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Un parc habité pour vivre et construire différemment le Grand Paris

 » Et si la France avait son propre Central Park? Un outil générateur de lien social, d’espaces verts et de nouveaux projets de développement urbain pour le Grand Paris et la Seine-Saint-Denis ? « 

Corentin Greuez
Géographe – Urbaniste, consultant chez Staff Planète

Le parc Georges-Valbon, plus communément appelé parc de la Courneuve, suscite l’intérêt de nombreux acteurs de l’aménagement. Roland Castro et ses associés souhaitent transformer cette « zone parc » ayant peu de lien avec l’urbain en un parc habité, un Central Park pour la métropole naissante du Grand Paris. Avant d’évoquer le projet et les multiples réflexions qu’il engendre, il est nécessaire de comprendre le contexte de ce parc départemental aménagé dans les années 1960 et fréquenté aujourd’hui par plus de deux millions de visiteurs annuels. D’une superficie de 417 hectares, soit un périmètre plus important qu’Hyde Park à Londres, le parc Georges-Valbon s’étend sur six communes aux couleurs politiques différentes : La Courneuve, Saint-Denis, Stains, Dugny, Garges-lès-Gonesse, Le Bourget.

Le fait que le parc soit bordé par l’autoroute A1 renforce l’impression de coupure urbaine. L’arrivée du Grand Paris Express sur ce territoire, aujourd’hui non desservi par des transports publics structurants, est une opportunité unique de repenser ce lieu pour en permettre une nouvelle appropriation.

Apports environnementaux, urbains et … économiques ?

Roland Castro, architecte engagé qui fut notamment à la tête d’une des dix équipes pluridisciplinaires participant à la consultation sur le Grand Paris, réfléchit depuis plus de trente ans sur le devenir du parc de la Courneuve. Son intention est d’urbaniser les franges du site à hauteur de 70 hectares afin de renforcer le rapport entre la ville et la nature, aujourd’hui presque inexistant. La construction d’environ 1,7 million de mètres carrés, soit l’équivalent de 24 000 nouveaux logements, s’ancre dans un défi à plus large échelle : comment faire face à la pénurie d’habitations en Ile-de-France ? Quels lieux sont susceptibles de participer à cet effort de construction de logements ?

Un parc habité permettant une nouvelle suture urbaine Constructions & Développements Urbains © Un parc habité permettant une nouvelle suture urbaine
Constructions & Développements Urbains / Castro-Denissof & Associés ©

Aussi louable soit-il, ce projet s’heurte à une problématique de taille. Le parc Georges-Valbon est classé « Natura 2000 » depuis plusieurs années, ce qui suppose la mise en place de mesures compensatoires pour réaliser le programme urbain. Pour que ce rêve de « vivre la campagne en ville » puisse se concrétiser, Roland Castro et Marc Rozenblat, directeur général de Constructions et Développements Urbains, ont imaginé un agrandissement du parc à hauteur de 140 hectares. Des corridors linéaires de biodiversité pourraient ainsi prendre place sur des friches achetées par l’État dans les années 1970-1980.

Au delà des apports environnementaux et urbains, le projet est-il viable économiquement ? Tout d’abord, les négociations pour maîtriser le foncier – souvent coûteuses et longues pour des grands projets – ne devraient pas s’éterniser dans ce cas précis puisqu’il n’y a qu’un seul et unique propriétaire : le département de Seine-Saint-Denis. Ensuite, en sortant du périmètre du parc, une cinquantaine de secteurs d’opportunités ont été identifiés, si bien que le potentiel de construction s’élèverait à 7 millions de mètres carrés.

Le projet de Central Park, moteur du développement en Seine-Saint-Denis? Constructions & Développements Urbains © Le projet de Central Park, moteur du développement en Seine-Saint-Denis?
Constructions & Développements Urbains / Castro-Denissof & Associés ©

Le bilan prévisionnel se base sur des logements accessibles au plus grand nombre, avec des « prix de sortie » autour de 3000 euros du m2. En additionnant les revenus issus de la vente du foncier, les recettes fiscales pour l’État et les droits de mutation à titre onéreux, les concepteurs de l’opération évaluent un bénéfice de 5 milliards d’euros pour les pouvoirs publics. Au cœur d’un département pauvre marqué par les disparités économiques et sociales et à l’heure de la raréfaction de l’argent public, l’argument de la rentabilité économique pourrait être particulièrement important…

Une nouvelle manière de réaliser les grands projets

Héritage d’une ancienne façon de produire la ville, le parc Georges-Valbon pourrait être, à travers le projet de Central Park, le symbole d’une nouvelle manière de réaliser les grands projets. Pour le président-directeur général de l’Agence foncière et technique d’aménagement de la région parisienne (AFTRP), Thierry Lajoie, « il faut diviser par deux le temps de production [des projets d’aménagements] grâce à la procédure intégrée pour le logement (PIL) ». Cette procédure prévoit, pour les opérations de construction de logements d’intérêt général, une mise en compatibilité des documents d’urbanisme dans des délais beaucoup plus restreints. Un projet d’aménagement pourrait ainsi « imposer ses règles à la norme ». En d’autres termes, faire en sorte que la période de la puissance publique et de la période de la puissance privée se chevauchent afin d’accélérer la mise en chantier. Le nouveau parc Georges-Valbon deviendra t-il l’emblème d’une coproduction urbaine accélérée entre investisseurs privés et acteurs publics ?

Article disponible sur le site Territoires.blog (Le Monde)

Auteur : Benjamin TAVEAU

Publié le 9 Mars 2015

Photo à la une: Le parc actuel de la Courneuve, une aménité paysagère relativement méconnue. Constructions & Développements Urbains / Castro-Denissof & Associés ©

 

 


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Posté le : 11 mars 2015

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Société, Urbanisme